Vous tombez sur des profils de "psychanalyste emdr" et vous vous demandez un peu ce que ça veut dire concrètement. En fait, c'est assez simple : un professionnel qui a une formation psychanalytique de base et qui a ajouté à sa pratique la thérapie EMDR, cette méthode qui utilise les stimulations bilatérales pour aider le cerveau à retraiter des souvenirs qui restent collés. Pas mal de thérapeutes font ce choix parce que ça leur permet d'aller plus vite sur certains symptômes sans pour autant abandonner la dimension d'exploration plus profonde.
L'EMDR a été découverte un peu par hasard par Francine Shapiro à la fin des années 80. Elle a remarqué que des mouvements oculaires rapides semblaient réduire la charge émotionnelle de souvenirs perturbants. Depuis, la méthode s'est structurée et elle est reconnue par l'OMS pour le trouble de stress post-traumatique, ainsi que par la Haute Autorité de Santé en France depuis 2007. Le principe reste le même : on aide le système nerveux à finir un travail de traitement de l'information qui n'a pas pu se faire au moment de l'événement.
Pourquoi un psychanalyste se forme-t-il à l'EMDR ?
Certains psychanalystes racontent qu'ils se sont formés un peu par curiosité ou parce que des patients restaient bloqués malgré un travail long. Le truc, c'est que l'EMDR donne souvent des résultats perceptibles plus rapidement sur les cauchemars, les flashs, l'hypervigilance ou les évitements. Un praticien belge formé en psychanalyse expliquait il y a quelques années qu'il avait été surpris par la vitesse à laquelle les patients disaient "c'est comme si c'était passé" ou sentaient physiquement un changement dans leur corps. Il n'a pas abandonné sa pratique analytique pour autant, il l'a juste complétée.
Ça ne veut pas dire que tout le monde y adhère. Il y a encore des débats dans certains cercles psychanalytiques sur la façon dont cette approche plus directive et protocolisée s'articule avec le transfert et l'écoute flottante. Mais en pratique, de plus en plus de collègues constatent que les deux peuvent cohabiter sans trop de heurts, surtout quand le patient souffre de traumatismes qui empoisonnent le quotidien.
Comment ça se passe vraiment dans une séance ?
Une séance dure souvent entre 60 et 90 minutes. On ne commence pas directement par les yeux qui bougent. D'abord, le thérapeute prend le temps de bien cerner votre histoire, ce qui vous amène aujourd'hui, et surtout de vérifier que vous avez assez de ressources internes pour supporter le travail émotionnel. Cette phase de préparation ressemble d'ailleurs un peu à ce qu'on fait en hypnothérapie : on installe un sentiment de sécurité, on apprend à repérer les signaux du corps, parfois on utilise des exercices de respiration ou d'ancrage.
Une fois que c'est solide, on choisit ensemble une cible précise – un souvenir, une image, une sensation corporelle qui reste vive. Vous évaluez à quel point ça vous perturbe encore. Puis vient la phase de désensibilisation : vous suivez du regard les doigts du thérapeute qui vont de gauche à droite, ou vous entendez des sons alternés, ou il tapote doucement sur vos mains ou vos genoux. Pendant ce temps, vous laissez venir ce qui vient, sans chercher à contrôler. Le cerveau fait son travail de tri. On arrête régulièrement pour voir où vous en êtes, ajuster, et on continue jusqu'à ce que la charge émotionnelle baisse nettement.
Après, on installe une croyance positive plus adaptée ("je suis en sécurité maintenant", "je peux gérer") et on fait un scan du corps pour vérifier qu'il n'y a plus de tension résiduelle. La séance se termine toujours par une phase de clôture pour que vous repartiez stable. La plupart des gens repartent fatigués mais avec un sentiment de "c'est moins lourd".
EMDR et hypnothérapie : des approches qui se croisent plus qu'on ne le croit
Ce qui m'a toujours frappé dans ma pratique d'hypnothérapeute, c'est à quel point la stimulation bilatérale de l'EMDR peut créer un état de conscience un peu modifié, proche de la transe légère qu'on induit parfois en hypnose ericksonienne. Les yeux qui bougent rythmiquement, les sons alternés… ça active des circuits qui favorisent la dissociation puis la réassociation, un peu comme certains exercices hypnotiques.
D'ailleurs, il existe des formations en "EMDR intégrative" ou "IMO" qui mélangent explicitement les mouvements oculaires avec des outils d'hypnose ericksonienne et des approches brèves orientées solution. Le rapport Inserm de 2015 sur l'efficacité de l'hypnose évoquait d'ailleurs des données plutôt rassurantes sur la sécurité de ces méthodes quand elles sont bien pratiquées.
Du coup, pour certaines personnes, l'EMDR convient parfaitement quand il y a un ou deux souvenirs très précis à retraiter vite fait. Pour d'autres, l'hypnothérapie sera plus confortable parce qu'elle travaille de façon plus globale, avec des métaphores, des ressources symboliques, sans forcément nommer le trauma de front. Et puis il y a ceux qui font un peu des deux selon les périodes. Rien n'oblige à choisir un camp.
Qui peut vraiment pratiquer et combien ça coûte ?
En France, on ne s'improvise pas praticien EMDR. Il faut généralement être psychologue, psychothérapeute inscrit à l'ARS ou psychiatre, et avoir suivi une formation complète reconnue EMDR Europe (niveau 1 et 2 plus supervisions). L'association EMDR France tient d'ailleurs un annuaire de praticiens accrédités. Un psychanalyste peut tout à fait s'y former s'il remplit les conditions de base en santé mentale.
Côté tarif, comptez entre 70 et 120 euros la séance selon les régions et l'expérience du thérapeute. À Paris ou dans les grandes villes, c'est souvent un peu plus haut. Les séances ne sont pas remboursées de façon systématique par la Sécurité sociale, même si certains dispositifs comme "Mon Psy" peuvent prendre en charge une partie quand c'est un psychologue dans le cadre du parcours, ou si vous consultez un psychiatre. Certaines mutuelles complètent aussi. C'est toujours mieux de demander avant.
Et si vous hésitez encore ?
Le point c'est que ni l'EMDR ni l'hypnothérapie ni la psychanalyse ne sont des baguettes magiques. Ça demande du travail, parfois ça remue pas mal d'émotions avant que ça s'apaise, et le plus important reste la qualité de la relation avec le thérapeute. Si vous cherchez un psychanalyste emdr, prenez le temps de regarder les formations affichées, de poser des questions sur la façon dont il intègre les deux approches, et de voir si le feeling passe bien dès le premier contact.
Et honnêtement, si l'idée des mouvements oculaires vous intrigue mais que vous préférez une entrée plus douce ou plus symbolique, l'hypnothérapie mérite vraiment qu'on s'y penche aussi. Les deux outils ont leur place, et parfois ils se complètent même très bien. L'essentiel, c'est d'avancer avec quelqu'un de compétent et de bienveillant, à votre rythme.